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4 mois, et moi et moi et moi... |

de ...ben moi!, le 27-12-2004 |
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Hé oui, 4 mois déja que j'ai quitté le sol francais... Je regarde le trajet effectué sur une carte du monde: un minuscule tracé dans l'immensité de la planete bleue... Le nombre de jours égrénés par le sablier: 123, presque insignifiant a l'échelle d'une vie. Mais si je pense a l'expérience que ces 4 mois m'ont deja permis de vivre, si j'essaie de mettre bout a bout toutes les émotions, les musiques, les surprises, les couleurs, les rencontres, les parfums, tous les moments forts, touchants ou amusants, toutes ces choses qui m'ont marquée, revoltée ou fascinée... Si je fais la somme de tout ca, alors ces 4 mois ont duré des années, et le chemin parcouru ne se mesure plus en kilometres mais en tonnes de plaisirs et en livres de leçons...
C'est le moment d'un premier bilan...
Quatre mois et plusieurs milliers de pas pour mieux apprendre a...
connaitre le monde
Plus j'avance et plus je me découvre des "talents" de contemplatrice! Je songe presque a une reconversion (pas sure que ce soit bien payé comme metier, mais bon...). Je me plais a m'asseoir dans un petit coin, sur le banc d'un parc ou au balcon d'un café et je regarde les gens vivre, les paysages changer de couleur, parfois pendant des heures. Ca remplace toutes les chaines de télé!
J'ai appris bien sur beaucoup sur l'histoire passée et présente de l'Amerique latine. Des civilisations pré-incas à aujourd'hui en passant par la lourde periode coloniale, les vestiges sont nombreux, les croyances multiples, les coutumes diffèrent d'une region a l'autre, les musiques changent, les vetements, les types d'agriculture, les régimes politiques, etc, etc...
A travers les conversations avec les habitants, les visites et les livres, j'ai decouvert un bout du continent sud-americain dont j'ignorais presque tout. J'aurais pu me documenter avant d'arriver, les sources d'information ne manquent pas, mais j'ai aimé porter un regard naif sur ce nouvel environnement. J'ai engrangé les données au fur et a mesur que je les decouvrais, ca prend toujours plus de sens sur le terrain que dans les bouquins!
J'ai appris, pas toujours compris... Je repense a une remarque de Luis (bolivien), a qui je demandais s'il comprenait pourquoi tant de voyageurs venaient dans ce coin paumé (Rurrenabaque). "Vous n'avez besoin de rien, vous avez deja tout, alors vous voulez aussi tout voir et tout savoir." Une reflexion difficile a entendre parce que probablement tres vraie. Plus j'apprends et plus j'ai soif de savoir, plus je suis curieuse de comprendre...
ouvrir les yeux
J'ai traversé des pays où la misere est a chaque coin de rue, et si je mesure depuis longtemps l'importance d'exercer un métier qui me plait (surtout apres avoir travaillé pour l'empire McDo pendant mes études!), ca prend ici une autre dimension. On est bien loin des 35 heures, du SMIC et des 5 semaines de congés payés... L'expression "gagner son pain" prend ici tout son sens. On travaille pour manger, pour survivre la plupart du temps, et les enfants ne sont pas les derniers a participer.
Voyager avec presque rien sur les épaules me fait realiser qu'on n'a vraiment besoin de peu de choses matérielles pour vivre. 12 kilos dans mon sac a dos et le reste apparait tellement superflu. Quand je vois tous les cartons que j'ai sorti de mon appartement avant de partir, je ne peux pas m'empecher de penser que j'ai du empaqueter beaucoup de futilités...
Je découvre ce que c'est qu'etre constamment une étrangère. Une "gringa" 24h sur 24h, tout et tous nous le rappellent. Un sentiment que je n'avais alors connu qu'a court terme. Sur une longue periode, c'est autre chose, ca ne se vit pas tous les jours aussi bien. J'ai parfois eu envie d'etre invisible, de me fondre dans la masse, qu'on m'oublie, qu'on me foutte la paix, qu'on arrete de me dévisager ou de me toucher les cheveux... Etre anonyme pour une journee, oublier que je ne suis pas d'ici... Buenos Aires me donne en ce moment ce "break" très apprecié.
faire des rencontres
J'ai rencontré toutes sortes de gens, étonnants, intéressants, chiants, passionnants, émouvants, collants... Certains qui ont beaucoup compté dans mon parcours, d'autres dont j'aurais pu me passer, mais chacun a sa manière a contribué a eclairer ma route.
Les veritables moments de partage, d'échanges, c'est le plus souvent avec les autres voyageurs. On se "comprend" plus facilement, plus vite, on vit (presque) les memes choses. J'ai aimé faire un bout de route avec quelques-uns, j'ai aussi apprecié me retrouver seule par moments, reprendre ma liberté et etre plus proche des locaux. J'ai petit a petit pris de l'assurance pour sortir des sentiers battus sans forcément etre accompagnée d'un autre "gringo". Une confiance encore fragile, que j'ai tres envie d'explorer davantage a l'avenir.
Les rencontres "couleur locale" se sont multipliées a mesure que mon Espagnol s'est amelioré. J'ai adoré apprendre une nouvelle langue, et meme si j'ai encore une bonne marge de progression devant moi, je me fais deja plaisir.
vivre face a soi
Peut-etre la partie la moins facile du périple... Se retrouver face a ses appréhensions, ses doutes... On tombe les masques, on n'a plus de role a jouer, on n'est plus la soeur de truc, la copine de machin, ni la prof du bahut, pas meme la voisine... On est juste soi, sans artifice, sans contexte. Et on est bien obligé de faire avec...
En tous cas je ne m'ennuie pas, meme seule avec moi! Quatre mois et jamais, pas une seule seconde je ne me suis sentie lassée. Bien sur il y a eu des moments creux, de longues attentes (ah les joies du bus...), des craintes, des manques... mais je n'ai jamais ressenti l'ennui... Je continue a m'émerveiller de tout, d'apprécier des petits riens comme des grands bonheurs... Les gens me disent quelquefois que je suis toujours souriante et ca ne doit pas etre tres loin de la verité, je me surprends moi-meme a sourire dans la rue sans motif apparent.
voyager au quotidien
La rubrique pratique, le concret au quotidien...
J'ai dormi... plus ou moins bien... du froid glacial au trop chaud... parfois seule mais pas toujours... dans des bus, des hamacs, des gares, des trains, des hotels de toutes sortes (enfin, pas trop de 5***** dans l'ensemble!), sur le pont d'un bateau, sous des moustiquaires, des tentes, sous les etoiles aussi...
J'ai mangé... ce qui se présentait, essayant presque tout... Du cochon d'inde, des steaks de lama, des fruits dont j'ignorais l'existence, du manioc, des saucisses d'ane, du riz comme base de tant de repas que je refuse d'en voir en photo avant au moins l'Asie (je n'aurai a nouveau plus beaucoup de choix!!), et des trucs assez douteux dont je préfère ne pas connaitre la vraie nature...
J'ai appris a me couper les cheveux avec les petits ciseaux de mon couteau suisse et un miroir de poche. J'arrive desormais a boucler mon sac en moins de temps qu'il ne faut pour le dire, je suis assez fiere de cette performance! J'ai laissé mon linge dans des laveries, lavé a la main quand j'ai pu. J'ai pris quelques douches chaudes, mais le plus souvent froides ou a peine tièdes, parfois je me contente d'un mince filet d'eau. J'ai du marchandé pour tout, tickets de bus, cartes postales, chambres d'hotel, cybercafes, shampooing, tout ce qui est monnayable est discutable. J'ai progressé dans ce domaine, mais je n'ai pas non plus l'ame d'une business woman. J'ai amelioré aussi ma lecture des plans de ville, mais soyons lucides, je suis et resterai un cas desespéré!
J'ai beaucoup lu, en anglais la plupart du temps (on ne trouve pratiquement que ca dans les "book exchange"), en francais lorsque j'ai rencontré des compatriotes, et 3 livres en espagnol (rien de tres compliqué!). J'ai beaucoup écrit aussi, que ce soit par mail, pour le site ou dans mon carnet de voyage. Par peur d'oublier peut-etre, par besoin sans doute, quand les journées sont remplies comme des semaines je mets ca sur papier, (ou sur l'écran!), comme pour mieux
intégrer, digérer ou savourer, et passer a la suite... |

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