Accueil > Carnets de route > L'article complet
   
 

D'une capitale a l'autre...

de Marion, le 25-12-2004
 

Vous avez toujours revé d'etre millionnaire? Oubliez Jean-Pierre, ne jouez plus au loto, prenez plutot un avion pour le Paraguay. Avec 8000 guaranis pour 1 Euro, on a vite fait d'obtenir un million en banque. On n'en est pas riche pour autant, certes.
Mais on peut venir au Paraguay pour bien d'autres motifs, a commencer par l'extraordinaire hospitalité et gentillesse de ses habitants. Je n'etais pas arrivée depuis une heure que l'on m'avait deja invitée a dejeuner. Juste comme ca, apres quelques mots echangés au supermarché (un peu empotée je n'arrivais pas a peser mes fruits), Veronika et Agustin m'ont emmené chez eux, en toute simplicité. Leur porte est restée ouverte, j'y suis retournée pour un rituel de téréré.

C'est plus qu'un rituel en fait, c'est presque une institution. Tout le monde se promene avec son thermo (eau froide ou chaude selon le moment de la journée) et sa tasse (remplie de feuilles de coca hachées et parfois un mélange d'autres herbes). Ils sirotent la mixture a l'aide d'une espece de paille metallique au bout de laquelle un filtre empeche les feuilles de passer. Et on remplit d'eau a nouveau, et encore. Vous n'avez pas le votre? Pas de souci, on fait tourner, le terere est une boisson "sociable" qui se partage et passe de mains en mains.

La ville d'Asuncion, c'est une autre histoire... S'il y a des capitales qui ont leur style bien marqué, on parlera du Baroque de Prague ou du Moderne a New York, je ne vois pas ce qu'on peut dire d'autre que "le grand n'importe quoi" d'Asuncion! Meme La Paz qui ne ressemble a rien est bien plus homogene dans son genre. Asuncion a donc son style a elle, mais attention, ne porte pas le label "grand n'importe quoi" qui veut. Il faut pour cela reunir un certain nombre de criteres imposés. D'un point de vue architecturale, il convient de faire un mélange tres ecclectique (colonial, beaux-arts, contemporain raté, moderne décrépi, etc) et de les juxtaposer de facon tres arbitraire, en evitant soigneusement d'obtenir une quelconque harmonie. Un bel exemple, que dis-je, un joyau du genre se trouve sur les rives du Rio paraguay ou le splendide Palais du gouvernement cotoit directement les bidonvilles de toles et de bois.

Ajoutez au décor quelques scenes de rues incongrues: un vieux qui fait la sieste dans son hamac en plein centre ville, une mere Noel tres courtement vetue qui vend des cartes telephoniques aux feux rouges, quelques marchands de tapis sous des néons fluorescents facon peep show de la rue Pigalle, des chariots tirés par des chevaux sur la meme file que les Mercedes... Vous avez réuni tous les ingrédients? Enfournez alors a 40 degrés et vous obtenez la capitale du Paraguay.

C'est donc un peu particulier mais tres agreable pour y passer un moment, ne serait-ce que pour faire un break loin des lieux touristiques. Les gens ne sont pas habitués a voir des touristes et ils engagent tres vite la conversation, tres heureux si en retour vous vous montrez curieux de leur pays, leur culture. Apprenez quelques mots de Guarini (langue officielle et pratiquée par tous au meme titre que l'espagnol) et vous serez invités a partager leur terere, c'est sur.
Ils chercheront a donner une image positive de leur pays. Le petit papi pris en photo pendant sa partie d'echecs, etait tres fier de poser a ma demande. Le temps que le jeune me deballe les 3 questions desormais classiques (Tu viens d'ou? Comment tu trouves mon pays? Tu es mariée?), papi a sorti son peigne pour remettre en place les 3 cheveux et demi qui balaient son crane. Je lui montre la photo et ca va, il est rassuré, je pourrai montrer en France que les Paraguayens sont beaux!

Une nuit de bus plus tard et je changeais de capitale. Tres vite je me suis demandée si je n'avais pas aussi changé de continent, mais il parait que non, pourtant l'arrivée a Buenos Aires donne vraiment cette impression.
Ce n'est plus tout a fait l'Amerique du sud, dommage, ca me plaisait bien. Il y aura d'autres bons cotés, a commencer par les plaisirs de la table et des soirées prolongées. Ce n'est pas une legende, je peux desormais le confirmer, les Argentins ont le sens de la fete, de la musique et des nuits sans fin!
Dans de telles conditions, Noel 2004 fut un bon cru. Pas un millésime, n'exagerons rien, j'aurais prefere le partager avec mes proches, mais une bonne bouffe entre voyageurs au long cours et les rythmes endiablés d'un bar-club jusqu'a l'aube ont contribué a une bien bonne soirée, un Noel a Buenos Aires...