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Inondation touristique en Patagonie...

de Marion, le 16-01-2005
 

Je défie quiconque ayant voyagé en Patagonie d'en parler sans mentionner les conditions climatiques. On peut sans doute raconter à l'infini ses paysages, louer la beauté des massifs montagneux, perdre ses récits dans l'étendue des terres désolées, s'émerveiller des glaciers innombrables, décrire l'éclat particulier de chaque lac qui se ternit à l'approche de la mer, mais ce ne sera jamais tout à fait la Patagonie si ces images ne sont pas arrosées d'une météo au caractère bien trempé. J'en ai fait les frais, comme tous ceux qui sont venus ici, comme ses rares habitants qui en restent marqués à jamais. Je lisais ces derniers jours Pablo Neruda, qui a grandi en Patagonie chilienne , il commence ses mémoires ainsi: " Je dirai pour commencer cette évocation des jours et des années de mon enfance que le seul personnage que je n'ai pu oublier fut la pluie." Au debut de son livre: "C'est de ces terres, de cette boue, de ce silence que je suis parti cheminer et chanter à travers le monde." J'ai fait le chemin inverse. Une tente et un réchaud dans mon sac à dos et j'entrais pour quelques jours dans le parc de Torres del Paine, au Chili. Partie seule, peut-etre pour me prouver quelque chose (quoi???), aussi pour profiter egoistement du calme et du silence, et surtout parce que je fais une overdose de gringos. C'est la haute-saison par ici et la Patagonie est submergée par un tsunami touristique. J'avais besoin d'en sortir, vite! Quatre jours de marche pendant lesquels, bien sur, j'ai croisé des gens sur les chemins, mais finalement c'est seule que j'ai savouré l'experience. "Savouré", c'est bizarre de me surprendre à employer ce mot alors que je me revois raler après ce vent abrutissant, la pluie qui gardait mes affaires mouillées en permanence et le brouillard qui refusait de dévoiler les sommets. La mémoire est selective et je n'en garde deja qu'un souvenir fantastique! J'ai vu, vécu ces terres, cette boue, ce silence. Qui parlait de "silence assourdissant"? Et a propos de quoi? Ca se preterait tout a fait au silence patagonien. Les vents sont si violents qu'ils étouffent les moindres bruits. Et puis, parce qu'il y a toujours un retour à la réalité, je suis revenue à la mer de touristes de Puerto Natalès, avant de continuer ma route vers un océan tout aussi surpeuplé ici à El Calafate. Je sature! Mes veritables echanges avec les locaux ces 10 derniers jours (je ne parle pas des 3 phrases de politesse avec la boulangere ou le proprio de l'hotel), se comptent sur les doigts d'une main, et encore l'auriculaire est de trop. Je voulais aller vers le parc Los Glaciares, dont le portail d'entrée est le village d'El Chalten, mais apres avoir lu: "Charmant village de 300 ames, El Chalten voit sa population multipliée par 10 avec les trekkeurs de toutes origines...", je me dis que je vais faire l'impasse et aller plus au nord esperant que j'y trouverai un peu d'Argentine! Je ne partirai pas sans avoir vu le celebre Glacier Perito Moreno malgre tout, une journée de plus à supporter la foule ne devrait pas me tuer. Dans mon dernier trajet en bus, je me suis amusée a dresser le portrait du backpacker type, que je commence a bien connaitre, ca m'a défoulé 5 minutes! A vous de le decouvrir: "Backpacker" De l'anglais "backpack" (sac à dos), le backpacker est à peu près l'équivalent de notre "routard", sauf que, personne n'est parfait, il est anglais (voilà qui donne un fondement à la réputation internationale du francais: arrogant et chauvin). Le backpacker est donc anglais, et il a entre 23 et 26 ans. Fraichement diplomé de l'université, il a travaillé quelques mois pour se payer son "big trip", ou a emprunté de l'argent à une banque genereuse, voire a papa-maman. Dans tous les cas, son budget est rarement énorme, et il lui servira à voyager de 6 mois à un an. Dans cette grande famille, la parité est respectée. Backpacker se décline au féminin comme au masculin. En general le masculin sera singulier tandis que le feminin fonctionnera en binome. Il choisit ses destinations en fonction des modes, ou d'apres ce que ses predecesseurs racontent de retour chez eux. Du reste il ne sait pas grand chose des pays qu'il va visiter, et guere plus lorsqu'il en repart. (Ex: apres 1 mois en Argentine, backpacker X apprend, amusé, qu'Evita n'est pas un personnage fictif d'une chanson de Madonna). Il parle rarement une autre langue que la sienne, apres tout l'anglais devrait etre connu de tous, non? Il s'efforcera cependant de ponctuer ses phrases d'un "pow favow" ou d'un "messi beucu" que vous avez tous entendu. En revanche il parle couramment la 2eme langue universelle: le dialecte football lui est presque inné. On reconnait le backpacker, hormis son sac à dos, a son compagnon fidele le Lonely Planet qui ne le quitte jamais. Sa bible lui indique la route a suivre, les endroits ou dormir, manger pas cher et boire une biere. Cette derniere rubrique etant indispensable puisqu'il ne saurait survivre sans sa potion maltée. Pour certains, un tour du monde se résume meme a un monde de bieres, et leur journal de bord est là pour le prouver: ils y collectionnent les etiquettes des bouteilles de toutes varietes. S'il n'ecrit guere ses aventures, il n'est en revanche pas avare en e-mails. Deux, 3h quotidiennement dans les cybercafés ne lui font pas peur. A ses parents il rassurera sur sa santé et son enrichissement personnel (a defaut de financier), aux copains il racontera les plages de sable doré, la dernière full moon party et les filles, aahhhh, bien plus jolies que celles de son pays. En dehors de son Lonely Planet, le backpacker lit peu, et quand il s'adonne à cette activité futile (en attendant l'heure de l'apero-biere), il choisira Stephen King ou Danielle Steel, qui inondent les etageres des book exchange. Generalement vetu des classiques jeans-baskets, il manquera rarement de se parer d'un attribut "couleur locale", une paire de babouches au Maroc, un bonnet péruvien, voire un tee-shirt attestant qu'il a marché sur la grande muraille de Chine ou qu'il a fait du saut a l'elastique en Nouvelle-Zelande. Puisque son budget ne sort pas d'un compte bancaire de Zurich, il choisira toujours les hotels les moins chers, pourvu qu'il y ait une television pour suivre la coupe de la ligue, et que le pub Irlandais ne soit pas trop loin pour étancher sa soif. Le backpacker est tres sociable, jovial, toujours pret a vous embarquer pour aller essayer la biere locale (j'ai deja dit qu'il aimait la biere?). Si vous le voyez soucieux c'est que le bus a du retard, que la connexion internet peine ou que la biere n'est pas tres fraiche, mais en regle generale, il est agreable et facile a vivre. Et je me suis arretée là en repensant a un graffiti que j'avais lu sur les murs d'un hotel de Bangkok, qui disait (en anglais, surement un backpacker!): "Ce que je retiendrai de mon année de voyage: - toujours etre heureux et de bonne humeur, ca rend la vie tellement plus facile -.... - ne pas faire de generalités sur les differentes nationalités (les hollandaises ne sont pas toutes blondes et j'ai meme rencontré 2 Israeliens sympas!)" Alors oui, il valait mieux que je m'arrete la. Tant pis, j'avais aussi sous le coude le profil de l'Australien qui fait le tour des spots de surf du monde, le Francais qui "fait" un pays en 1 semaine et demie (sur ce modele, peut-etre bien que Rome s'est faite en un jour!), de l'Américain qui, eh ben, est américain, c'est dejà enorme, ou encore de l'Israelien tout chaud sorti de l'armée, démoulé apres 3 ans de service militaire obligatoire (filles comme garcons), etc, etc... Je vous laisse le soin de les rencontrer sur les routes d'ici ou d'ailleurs et on comparera nos resultats!