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Home sweet home... |

de Marion, le 19-03-2005 |
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"Nous avons commencé notre descente vers Sydney. La temperature au sol est de 28 degres. Le capitaine et son équipage esperent que vous avez fait bon vol avec Qantas." Tres bien, merci. Sydney... Australie... Je ne sais pas bien pourquoi je suis la. La vraie raison c'est que ca faisait partie du lot quand j'ai acheté mon billet d'avion. Maintenant que j'y suis, qu'est-ce que je vais en faire? J'ai mon "Working Holiday Visa" en poche, qui m'autorise a travailler sur une periode d'un an, mais j'ai aussi un coup d'mou dans le genou et peu l'envie de courir apres les kangourous, chercher les surfers on the beach ou parcourir l'immensité du territoire (14 fois la France!) en quete des merveilles que la nature a si genereusement offert a l'Australie.
Finalement, je n'attendais pas beaucoup de ce nouveau pays que je voyais plus comme un lieu de passage vers l'Indonesie qu'une veritable destination. Et comme souvent, c'est lorsque l'on espere rien qu'on a les meilleures surprises.
En me reveillant le 1er matin a Sydney, il m'a fallu de longues minutes pour realiser que ce que j'avais vecu la veille n'etait pas le fruit de mon imagination.
J'avais convenu d'appeler Paul et Robyn en arrivant a l'aeroport. Je ne les connaissais pas, nous avions simplement échangé quelques rapides e-mails apres que des amis communs, Edwige et Ian, nous aient mis en contact. Edwige et Ian m'ont accueilli d'innombrables fois en Angleterre, avec la gentillesse, la générosite et la simplicité que l'on réserve habituellement a un membre de sa famille. Paul et Robyn m'ont recue de la meme facon.
- "Je suis encore au bureau, me dit Paul au telephone. Est-ce que tu te sens de prendre le train jusqu'au centre-ville?
- Pas de probleme", je réponds en souriant dans le combiné, songeant aux transports sud-americains a coté desquels un trajet dans Sydney m'apparait comme un puzzle a 2 pieces.
Le train démarre et le reve commence. On passe devant l'Opera, puis sur le non moins celebre Harbour Bridge. On ne m'a pas dupée, c'est bien Sydney. Paul m'attend a la sortie de la gare, on monte en voiture, s'arrete au "liquor shop" pour un ravitaillement biere + vin et il se gare en haut d'un cote d'ou la vue plonge sur le port et la ville.
-"C'est Neutral Bay, mon fils Kim habite ici. On va prendre l'apero et on discutera de ce que tu as envie de faire ces prochains jours. Rob et moi on habite a 1/2 heure d'ici, alors peut-etre que pour cette nuit tu preferas dormir chez Kim pour etre a proximité de Sydney."
Une introduction des lieux et quelques bieres fraiches plus tard, Paul s'apprete a partir et me demande si je serai "OK". Est-ce que je serai OK??? Voyons, je ne sais pas trop... J'ai un grand lit et une chambre rien qu'a moi, la clé d'un superbe petit appart' a partager avec un charmant jeune homme de 29 ans qui m'a l'air d'etre tout ce qu'il y a de plus intéressant, sympa et ouvert. Il y a une salle de bain qui brille, une collection de CDs et bouquins a faire concurrence a la FNAC, un ordinateur connecté a internet, un carton de bouteilles de vin pretes a consommer...
-Bien sur, je lui dis pour faire court.
Les cacahuetes terminees, Kim veut savoir si je prefere un restau thai, ou japonais, ou italien, ou grec, ou n'importe quoi d'ailleurs, il y a de tout dans le coin. Il m'invite bien sur, et s'excuse de ne pas avoir eu le temps de faire des courses. (C'est vraiment abusé quand on sait qu'il a eu au moins 20 minutes entre le moment ou son pere l'a appelé au boulot pour lui annoncer qu'une Frenchie inconnue allait squatter chez lui, et le moment ou j'ai effectivement envahi les lieux. Je suis une fille sympa, je lui pardonne pour cette fois.)
-"Je te fais confiance pour choisir le restau, mais il y a un p'tit probleme, j'ai peur de ne rien avoir dans ma panoplie de voyageuse qui puisse accompagner ton costard-cravate.
-No worries! (=pas de souci ; et s'il y a 2 mots d'anglais a connaitre pour l'Australie, ce sont ces deux la). Je n'ai pas eu le temps de me changer mais tu verras que la tenue correcte exigée par ici consiste en une paire de tongues et un short." J'adore.
Il n'est pas 23h quand je bafouille un "je ne sais plus trop ou j'habite". Je mets ca sur le compte du voyage, du decalage horaire avec la NZ, de la chaleur, ya know wad a mean? (t'vois zke j'v'dire?).
-"Ouais j'vois. J'vois aussi qu'on a bu comme des poissons" replique Kim selon l'expression consacrée par les anglosaxons.
Ah c'est peut-etre ca... Disons que si le curry indien n'avait pas ete noyé de vin et si on n'avait pas testé une a une les bieres australiennes du pub voisin, alors peut-etre que j'aurais retrouvé mon chemin.
-"Shall we go home?" (On rentre a la maison?)
"Home"... Yeeesss! A la maison! Quel bonheur d'entendre ca! Une maison! Empruntée, provisoire, mais une maison quand meme... Un "chez soi". (Et pendant qu'on en parle, pourquoi n'avons-nous pas d'equivalent francais pour "home"? Quelle carence!). Je ne m'etais pas rendue compte jusque la a quel point ca me manquait et tout a coup ca me sautait aux yeux: j'en avais marre d'etre SDF, mon sac a dos etait devenu un fardeau, j'étais a ce stade du voyage ou une pause s'averait necessaire pour recharger les batteries et repartir du bon pied.
De retour a l'appartement Kim me laisse 5 minutes, le temps pour lui de prendre une douche, pour moi de tomber dans un sommeil profond profond, ecroulee sur le canapé du salon. Il me reveille non sans mal, j'ouvre les yeux et les 1ers mots que je prononce sont en francais: clairement, j'etais rentrée "a la maison".
Le lendemain matin un mot sur la table m'indique ou trouver de quoi petit déjeuner et me souhaite une bonne journee. Un regard pas la fenetre, la ville baigne dans le soleil: elle devrait etre bonne. Je pars assez rapidement, impatiente de sauter dans les transports en commun. Il faut dire que mon RER pour Sydney n'est autre qu'un ferry démodé qui serpente les recoins du port et termine sa course au coeur de la ville. J'adore le concept, je trouve tres exotique l'idee de pouvoir aller au boulot en bateau plutot qu'en metro. Enfin, pour moi ce n'est pas travail qui m'amene et c'est encore mieux!
Quand on est a Circular Quay, le terminus, on n'a vraiment pas besoin d'aller plus loin. Vous vous trouvez avec l'Opera House sur votre gauche, d'un blanc presque douloureusement éclatant, et sur votre droite le "Harbour Bridge", a eux 2 les icones de la cité. C'est l'Opera House qui captive tous les regards. C'est comprehensible, le batiment est veritablement réussi et impressionnant, et il semble tellement familier qu'a l'evidence c'est a ses cotés que vous devrez poser pour prouver que vous etes allez a Sydney. Quoi qu'on dise de l'Opera House, ma préférence va néanmoins au Harbour bridge. C'est une construction massive et imposante, au pied de laquelle vous vous sentez ridiculement petit (encore plus que d'habitude en ce qui me concerne), mais surtout ca faisait des années que j'attendais de voir "le vrai". J'avais vécu une année aupres de son petit frere a Newcastle en Angleterre. J'avais appris a aimer sa réplique qui chevauche la riviere Tyne, j'avais apprivoisé ses courbes qui dessinaient mon paysage urbain quotidien. Je découvrais a présent l'oeuvre originale, la grande, l'unique. Elle ne m'a pas decue. En particulier parce que je ne m'attendais pas a la trouver dressée dans un tel cadre. Malgré toutes les images qu'on peut avoir de Sydney, on ne mesure pas la beauté de son port avant d'y mettre les pieds. Ce n'est pas une simple baie mais un delta dont les bras s'infiltrent dans la ville, se separent et se rejoignent, delimitant les quartiers, laissant tantot des plages de sable ocre au pied des gratte-ciel, tantot des falaises ou les plus fortunés s'offrent des villas aux vues imprenables.
Je me promene une heure ou 2 autour des quais et tout a coup ca me revient: il y a un colis de bouquins qui doit m'attendre en poste restante! Je suis comme une gosse a qui on a promis son nouveau jouet, je pars a grandes enjambees vers le General Post Office, trepigne dans la file d'attente et souris niaisement a la gentille dame qui m'annonce qu'il est arrivé. Une signature et j'emmene mon tresor vers le parc le plus proche pour le deballer et redécouvrir les titres et les auteurs que j'avais soumis au bon vouloir de mon paternel. Je me contrains a ne lire que les 4emes de couverture bien que dans ma frenesie mes doigts brulent de tourner les pages. Non, non, non, sois raisonnable, garde-les pour plus tard! Et pourquoi? Ben parce que t'es a Sydney, il fait beau et la ville entiere te tend les bras. Et apres? Et si ca ne me disait rien du tout? Et si pour l'heure la seule chose qui me donne envie c'est de retourner a l'appartement, mettre un disque dans la chaine Hi-Fi, siroter un cafe en ecrivant quelques e-mails et finir vautrée avec un de mes nouveaux livres? J'ai pris cette derniere option, non sans ressentir une certaine culpabilité, quelque chose comme "tu fais la fille pourrie gatée, tu arrives dans une nouvelle ville, un nouveau pays que plus d'un reverait de visiter, et tu vas t'enfermer alors qu'il y a tout un monde inconnu sur le pas de la porte." Bah oui, c'est comme ca et je ne vois pas pourquoi je me forcerais. Peut-etre qu'a force de faire "l'éponge", d'en prendre plein les yeux et plein la tete, j'en ai plein le dos, je ne peux plus absorber, assimiler. Peut-etre que cette pause arrivée par hasard n'est pas une simple coincidence, elle devait se trouver a cet endroit et ce moment precis sur ma route.
Je ne remercierai jamais assez Kim et ses parents de m'avoir offert cette semaine "comme a la maison". A leurs cotés je me suis laissée initiée a la vie des Aussies, au coeur de la cité et dans les Northern Beaches. J'ai decouvert quelques coins dont les guides touristiques n'ont pas le secret, mais surtout, surtout, j'ai retrouvé ces petits plaisirs qui n'en sont pas tant qu'on n'en a pas ete privé: preparer un repas dans une cuisine equipée, utiliser une machine a laver pleine de programmes et sans jeton a insérer, donner a manger aux poissons, s'endormir devant un reportage animalier, repeindre une chambre des murs aux plafonds, meme repondre au télephone! Kim s'est amusé a m'appeler a l'appartement juste pour dire "he, c'est un coup d'fil pour toi!!!". Quand vous avez votre telephone portable greffé a l'oreille, un appel est une nuisance. La, une sonnerie et vous n'etes pas loin de penser que c'est le plus beau jour de votre vie!
Imaginez que si ces petites choses qui ressemblent plutot a des desagrements habituellement se transforment en grands moments, alors les petits plaisirs, eux, deviennent des miracles, des dons du ciel. Une course en voilier et j'etais la reine du monde sur le pont du titanic. Des barbecues sur la plage devant le soleil couchant et je vivais le plus merveilleux des festins. Etre reveillee par les rires moqueurs des kookaburras et cockatoos et c'etait pour moi la plus douce des symphonies.
La suite, en revanche, ne s'annonce pas comme une partie de rigolade: il s'agit de trouver un peu de travail pour renflouer des caisses serieusement endommagées par le cyclone neo-zelandais (un mois de vie kiwi sans fioritures ni paillettes m'a couté 3 mois d'Amerique latine a depenser sans trop compter).
Tout bien reflechi, et meme si ce n'etait pas calculé, les evenements suivent un déroulement presque logique. Apres le retour "chez soi", c'est un retour a la realité du monde du travail.
Direction Adelaide et ses campagnes fertiles... |

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