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Chilling out in Chiloé, Chile...

de Marion, le 29-01-2005
 

J'avais prédit une phase de transport intensif, j'avais vu juste. Et puisque les réseaux routiers en Patagonie chilienne comme argentine sont peu développés, le tracé de mon trajet resemble à une véritable chasse au trésor.
J'ai du traversé les Andes et donc la frontière 3 fois en 2 jours, pris 2 ferries pour passer les lacs, bus, combis, de jour, de nuit...

Arrivée à Puerto Varas, je n'ai qu'une envie: me déplacer sans dépendre des horaires loufoques, m'arreter quand je le souhaite ou au contraire ne pas m'arreter s'il n'y a aucun interet (ça c'est pour Coyhaique).
L'idée de louer une voiture s'est imposée insidieusement au fil de la route. Alya (libanaise) qui partage ma chambre à Puerto Varas est partante pour jouer les co-pilotes. On trouve une petite Corsa, rassemble quelques infos sur l'archipel de Chiloé, puis Uwe (allemand) et Claire (anglaise) se joignent à nous pour cette virée vers un "autre Chili".

Voilà des mois que je n'ai pas posé la main sur un levier de vitesse, mais on n'oublie pas. Ce que j'avais oublié, et ce depuis surement des années, c'est la liberté qu'une voiture peut procurer. C'est amusant de constater à quel point la privation de choses toutes simples amène à les apprécier réellement quand elles réapparaissent au menu. Si l'on m'avait dit l'année dernière que je prendrais mon pied à conduire, j'aurais probablement eu du mal à le croire.
Mon tacot français était plutot synonyme de problèmes divers et variés: dépenses conséquentes, fatigue des 200 kms quotidiens nécessaires pour rejoindre les bancs de l'école, déchirure musculaire costale pour redresser une portière fraichement forcée, auto-flagellation et plates excuses à un gars passablement énervé de s'etre fait emboutir son tout nouveau "petit bolide" (pardonnez-moi d'exister... non je ne sais pas conduire... oui je suis une sous-merde et j'ai payé l'inspecteur pour obtenir mon permis... c'est vrai, on devrait interdire les femmes au volant...), etc...
Bref, une voiture au quotidien ça n'a rien de palpitant, mais quand il s'agit d'échapper quelques journées aux tourmentes des transports en commun, on se sent pousser des ailes! "T'as envie de pisser? Y'a pas de souci, on s'arrete tout de suite". "On va voir ce qu'il y a derriere cette colline? C'est comme si on y était."

Chiloé n'est pas une de ces iles carte postale comme on en reve parfois. Si vous cherchez une plage de sable blanc où vous prélasser entre des eaux crystallines et une foret de palmier, vous vous etes trompés d'adresse. Chiloé n'a rien de tout ça et c'est une chance: pas d'usines à touristes, pas de tour-aventure-frisson-garanti, pas de bus grand confort qui ne vienne déverser des hordes de groupes organisés. L'archipel est encore préservée du tourisme de masse.
Je doute malheureusement que les Chilotes (ses habitants) y échappent très longtemps, parce que c'est un petit coin au charme fou.

Nous n'avions pas de carte routière des iles, et juste une vague idée des endroits où nous voulions aller. On s'est laissé guider par les routes et chemins vallonnés, découvrant au hasard les villages, les pecheurs, les églises en bois typiques de la région, les palafitos (maisons sur pilotis)...
On a dormi dans des "cabañas", avec vue sur la mer et feu de cheminée, mangé des poissons et fruits de mer plus-frais-tu-trouves-pas, on a eu des tickets au 1er rang pour les couchers de soleil, pleine lune et ciels criblés d'étoiles.
D'ailleurs le temps a été exceptionnellement clément pour cette région qui est une des plus pluvieuses au monde. On s'était tellement préparés psychologiquement à avoir une météo déglinguée qu'on n'a pas pu s'empecher de répéter 20 fois par jour "ouahh, c'est génial ce soleil!". Lu dans nos guides à ce sujet:
- be ready for rainy weather
- especially important to bring: waterproof boots, good raingear and warm clothes
- depending on the weather (pour le parc national), bridges may be washed out, trails may become overgrown and campsites may flood, all in a matter of hours...

A peine à quelques minutes en bateau du continent, Chiloé est un tout autre Chili. J'ai eu parfois le sentiment d'avoir changé de siècle et d'assister à une tapisserie de la vie rurale d'une autre époque.
La majorité de la population vit (ou survit) de l'agriculture ou de la peche. Sur les chemins de terre ou les routes, je doublais les boeufs et leur charrue. On passait devant des fermes où la technologie n'a pas encore fait son apparition. En se promenant sur les plages du Pacifique on voyait quelques hommes qui faisaient une étrange gymnastique dans l'eau. Protégés d'une fine combinaison ils ramassaient des coquillages, une ceinture de plomb autour de la taille les empechant d'etre trop ballotés par les vagues. Plus tard, à marée basse, d'autres récoltaient des algues, vendues ensuite pour la fabrication de savons et shampooings.
Aucune sorte de machine ne vient faciliter les différentes taches. Chiloé ne semble pas avoir profité des avancées dans la modernité du reste du pays. Pour sur le continent, lui, a accès à toutes les facilités du 21ème siècle, à commencer par la télévision cablée, à en croire les prénoms des minots: Bryan, Cindy et autres Ashley. Ca ne sonne pas très chilien à mon oreille.

Arrivée hier dans la capitale. Santiago, une semaine d'arret.