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Intemperies, cochons d’inde et courtes nuits…

de Marion, le 08-09-2004
 

En regardant derriere moi, je mesure a quel point les 4 jours passés ont été intenses et exceptionnels, meme si par moments nos éclats de rire étaient surement dus au manque d’oxygene (on était en moyenne a 4000m) et a notre état de fatigue avancé...

Arrivée a Latacunga dans l’apres-midi de vendredi, je trouve une petite auberge sympathique oú je fais la connaissance d’Evelein, une hollandaise avec qui je partage une chambre, puis de 2 irlandais et un anglais qui n’ont pas l’air triste. On se fait un petit restau le soir et on décide de partir ensemble le lendemain vers le Cotopaxi, le plus haut volcan en activité au monde, entouré d’un parc national splendide (parait-il !...)

Samedi matin on se prepare rapidement, un passage sur internet a la recherche d’infos, quelques achats dans Latacunga : de quoi boire et manger, gans et bonnets en laine de lama et nous voila prets.
Une « camionetta » nous emmene a l’entree du parc ou on laisse nos gros sacs. Le ciel est couvert mais le plafond est bas et on se dit qu’en quelques heures d’ascension on serait au-dessus des nuages et ca doit en valoir la peine... Emmitoufflés de nos nouveaux apparats, on part, plein d’entrain.
La j’aimerais vous raconter que le parc est magnifique, que de marcher vers ce cone blanc est un réel bonheur... Mais je n’en ferai rien... Parce qu’on a RIEN vu... Du brouillard, du brouillard et encore du brouillard glacial, agrémenté de neige par moments... Mais jamais on n’est passé au-dessus des nuages ! On se motivait en pensant qu’au refuge a 4800m on aurait une vue imprenable... Rien !
On l’a atteint apres d’interminables heures de marche, frigorifiés et décus, mais avec encore un peu d’espoir que le temps s’améliore le lendemain.... Encore raté ! Non seulement la nuit a été courte, l’ivresse de l’altitude nous a tenus éveillés a raconter tout et n’importe quoi (surtout n’importe quoi), mais en plus le paysage matinale ne nous a offert qu’un blanc opaque, a ne meme pas voir a 2m devant nous !
Tant pis pour le Cotopaxi, on regardera les cartes postales...

On redescend, récupere nos sacs et on prend un bus direction Quilotoa, un autre volcan (quand on aime...) dont le cratere est recouvert d’un lac.
Voyage en bus plutot folklorique, il n’y a que des indigenes dans la region (les Quechuas), ils montent et descendent du bus avec leurs poules, leurs enfants dans le dos, leurs bottes de paille...
Terminus : Quilotoa... Petit village d’une quinzaine de « maisons », ils les appellent en fait des cabanes et on comprend vite pourquoi. L’une d’elle porte l’inscription « hotel cabanas », pension sommaire tenue par une famille adorable (de 14 enfants !!!). Ils nous montrent une petite habitation : 4 murs, 3 lits, 1 poele a bois, ce sera notre chambre pour 2 nuits. A ce point la on reve d’une douche et, O joie supreme, ils en ont une ! Colin, elu auparavant le plus puant d’entre nous, y va en 1er... En 1er mais aussi en dernier puisqu’apres son passage le village entier a une coupure d’electricite et il n’y a plus d’eau chaude. Inutile de dire qu’a 3800m, on prefere rester sale que se doucher a l’eau glacee.
L’electricite n’est jamais revenue d’ailleurs, on s’est eclaires aux chandelles et jusqu’a notre arrivee a Banos, notre odeur corporelle pouvait rivaliser avec des chaussettes de rugbyman.
Bref, on oublie la douche, on allume la cheminee et Petronia, la mama des lieux, nous invite a passer a table. On se rejouit ! Soupe de Quinoa delicieuse, puis les invariables patates + riz avec du mouton. Soiree tres sympatique avec toute la famille et des gens du village qui ne parlent guere plus l’espagnol que nous, mais on rigole sans bien savoir pourquoi et on passe un tres bon moment.

De retour dans notre chambre, la temperature est bien montee et on s’apprete a passer une nuit recuperatrice. Erreur !!! Le feu s’est eteint et a 4h du mat’ on se reveille, congeles. Armes de nos lampes troche, on cherche du bois autour de la cabane et on trouve des buches bien trop longues pour rentrer dans le poele... Une seule solution : sortir la scie et se mettre au boulot ! Vers 5h on retrouve un climat vivable, mais apres s’etre actives pendant tout ce temps, on n’arrive plus a dormir ! Mini bamboula dans la cabana, jusqu’a ce que le soleil se leve et que Petronia nous appelle pour le petit dej’. Au menu : oeufs brouilles et riz...
Toujours aussi sales et fatigues, on se dirige vers la fameuse lagune au fond du cratere. Et la... Magique : une eau vert emeraude entouree de montagnes, pas un bruit, nous voila enfin recompenses. Pris d’un regain d’energie devant un tel spectacle, on decide de faire le tour du cratere. Un paysan nous dit qu’il faut compter 5 ou 6h , de quoi passer une belle journee. Et pour etre belle, elle fut belle !
A notre retour, la petite Nadia nous annonce que le repas serait pret a 19h et, d’un air tres fier, nous dit qu’on mange du cochon d’inde. Les « cuy » (prononcez couilles) ne sont pas des animaux domestiques pour eux, mais un met plutot raffine qu’ils mangent pour des occasions speciales. Malgre une preparation psychologique indispensable, j’avoue qu’on ne faisait pas les malins devant notre moitie de cochon d’inde avec encore les dents et les griffes.
Finalement, meme si ce n’est pas tres facile a manger (il y a plein de petits os), on a reussi l’epreuve avec succes !
La derniere nuit de l’aventure se devait d’etre courte pour ne pas deroger a la regle : le seul bus qui passe au village en direction de Banos est a 4h30 du matin... On n’est plus a ca pres !

A l’heure ou je vous ecris je suis a Banos, je reviens d’une ballade a cheval sur les hauteurs de la petite ville, et je pense que je ne vais pas trop m’attarder par ici... Apres ces quelques journees au milieu de nulle part, c’est difficile d’apprecier l’atmosphere 100% gringos des lieux.