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Redémarrer du bon pied... |

de Marion, le 25-05-2005 |
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Nouveau visa. Deuxieme mois. Je vais ou, je fais quoi? Lorsque j'étais encore a Bali, j'avais associé a ce second visa tout un tas de destinations. Sulawesi et sa forme de "K", peut-etre les Moluques, pourquoi pas la papouasie. Aujourd'hui, et aux vues des dernieres peripéties, je revois mes objectifs a la baisse. Il n'est pas question de revivre 30 jours de course contre la montre. Je prends la décision de me deplacer de temps en temps en avion, d'arreter de courir de A vers B, en somme de vivre cette seconde période a un rythme humain.
Je mets immédiatement mes bonnes résolutions a exécution en restant plus de 2 nuits consécutives a Kupang (ca n'était pas arrivé depuis 3 semaines). Je trouve vite mes marques dans la capitale de Nusa Tenggara. J'ai repéré ou le soleil se couchait, je sais ou acheter des jus de fruits frais, ou manger du bon poisson, ou me ballader loin de circulation, et il y a Edwin qui tient le petit café au bord de la mer. Un peu mythomane a ses heures, ca ne l'empeche pas d'etre une agréable compagnie et il est incollable sur la région. Il a d'ailleurs eu la bonne idée de laisser un cahier a la disposition des voyageurs, ou chacun écrit ses impressions, des recommandations, des conseils. Les surfeurs y révelent les meilleurs plages pour les meilleures vagues. D'autres racontent par le menu comment se rendre a tel endroit, combien il faut payer pour ca et pourquoi ne pas aller la-bas.
C'est amusant a lire. Quelques lignes retiennent mon attention. On y parle de "la p'tite Kepa", (www.la-petite-kepa.com) tenue par un couple de Francais sur l'ile du meme nom, au large d'Alor. La plongée y est semble-t-il la plus fantastique d'Asie du sud-est, le coin un petit paradis, et Bibi Nene fait du bon manger. Je vérifie avec Edwin, ce n'est pas tres loin, je peux y aller en ferry et en repartir par avion, ca me semble bien.
N'ayant pas de nouvelles de Ron (internet a définitivement cessé d'exister a l'est de Maumere), je décide de continuer ma route sans lui.
Les bateaux ne m'avaient pas manqué depuis Flores, mais ce trajet-la s'avere supportable et intéressant. Je fais la connaissance de Yoanna, qui se jette sur moi: une étrangere sur le ferry, c'est pour elle une belle opportunité de pratiquer l'anglais qu'elle étudie a l'université. On aura 16h de traversée, ca laisse le temps de papoter! J'essaie de m'installer sur les chaises en plastique du pont supérieur, mais Yoanna insiste pour que je me joigne a sa famille dans les calles. "Il n'y a pas de fauteuil, on a mis des couvertures au sol, tu peux dormir avec nous". Il y a des airs de camps de refugiés, mais tout le monde est sympathique et je fais mon trou au milieu des cartons, camions, cochons, des corps allongés et des détritus (ceux qui n'ont pas encore été jetés par-dessus bord). Yoanna me parle du systeme éducatif indonésien. L'école n'est ni gratuite ni obligatoire, meme pour les plus jeunes. Je lui décris un pays ou l'education est accessible a tous. Je ne suis pas sure qu'elle me croie. Elle a du travailler 3 ans en Malaisie pour se payer l'équivalent d'une licence. Elle a hate de terminer et de devenir professeur. Elle espere gagner assez d'argent pour ensuite offrir l'université a une de ses soeurs.
-" Je n'ai plus qu'a terminer mon mémoire et j'ai fini."
- Tu écris sur quoi?
- C'est une étude comparative de la langue anglaise et de l'indonésien. Tu voudrais lire? Si ca ne te dérange pas, tu pourrais peut-etre m'aider?"
Je n'aurais jamais pensé que mes études de linguistique me seraient utiles ici! C'est bien le dernier endroit ou j'imaginais expliquer le pourquoi du prédicat et le comment de l'architecture fonctionnelle en paradigmes ou syntagmes. Alors la croisiere ne s'amuse pas, mais ce n'est pas un mal de faire fonctionner ses neurones et sa mémoire (c'est pas tout jeune tout ca!).
Nous découvrons Kalabahi au petit matin. Des milliers de petits bateaux a voile voltigent dans la baie, comme des papillons dans le soleil. Notre ferry accoste et se prépare déja a repartir. Je quitte Yohanna,
-" et n'oublie pas, 1ere lecon d'anglais, apprends a tes éleves que "mister" ne se dit pas a la gente féminine!!".
Comme a Dili, je voyage poids plume, c'est du bonheur pour les transports en commun. Je prends un bemo jusqu'a Alor Kecil d'ou j'apercois l'ile de Kepa. C'est tellement pres qu'on pourrait y nager. Mon sac préfere néanmoins une petite embarcation a voile qui me fait traverser en 5 minutes.
C'était donc vrai. Anne et Cédric ont découvert un paradis, le leur, et ceux qui ont le courage de venir jusqu'ici sont largement recompensés. On habite dans des huttes construites selon la tradition d'Alor et on mange tous ensemble des plats longuement mijotés. Il y a la 2 anglais mordus de plongée, qui n'ont pas quitté les lieux depuis 6 semaines, quelques indonésiens qui gravitent autour de l'ile. Un couple d'amis francais de Cedric et Anne vient aussi d'arriver, et, surprise, il y a Nadiv. Nous n'étions pas nombreux a voyager sac au dos sur Flores. Huit ou 10, pas plus. On s'est donc tous croisé a un moment donné, on se "connait" au moins de vue. Nadiv, nous l'avions rencontré a Labuanbajo, puis apercu par la fenetre d'un bus a Ende.
-" He, qu'est-ce que tu fais la?" Nadiv me demande comme si je n'avais pas le droit d'etre ici moi aussi.
-" Ben, la meme chose que toi!
- Mais tu devrais etre a Kupang!?
- Ouais, j'y étais. Comment tu sais ca?
- Je viens de quitter Ron a Kalabahi, il prenait le bateau pour te retrouver.
- Pas de bol. On a du se croiser sur les quais."
Nadiv n'est pas en grande forme, il se remet a peine de la malaria qu'il a contracté a Flores. Je suis tout l'opposé: reposée et contente de profiter enfin du cadre idyllique sans avoir a me presser. Mais si j'ai tout mon temps, il passe malgré tout tres vite. Quatre journées de plongée, de vie en petit comité, je m'immerse dans les journaux francais que Fred et Manu ont ramené a leurs amis expatriés, j'ai meme droit a un billet gratuit au pays en trinquant d'un verre de pastis!
Pendant ces 4 jours delicieux, un moment reste exceptionnel. Nous partons en bateau un matin pour plonger vers l'ile de Pura. Sublime. Je ne crois pas que je retrouverai de si beaux fonds sous-marins. Cédric s'est attaché a contribuer a leur bonne conservation en réussissant a convaincre les locaux d'arreter la peche a la dynamite (ce qui se passe encore dans bien des endroits: une bombe dans l'eau et les filets sont garnis. Les coraux, eux non plus, n'y survivent pas).
Avant de rentrer a la p'tite Kepa, Cedric et Anne proposent de s'arreter a Pura pour récuperer du sopi, l'alcool de palme que l'on distille dans le village. On emprunte un sentier qui grimpe sur les hauteurs de l'ile. Martin, Fiona et moi sommes de nouvelles tetes, les 1ers blancs qui s'aventurent jusque la apres les 4 francais qu'ils connaissent déja. C'est l'effervescence. On nous offre a boire, du "tuak" (1ere fermentation du jus de palme), c'est amer et épais. J'ai du mal a finir mon verre qu'on m'en tend un nouveau. "Tu les vexerais si tu refusais qu'on te resserve", me dit Cedric.
Tout le village est regroupé autour de nous. Chacun veut nous faire gouter quelque chose, des bananes cuites, du riz, tout ce qui trouve sous leur main. Et nos verres se remplissent sans fin. On nous montre ensuite les "mokos". Ces tambours de bronze de 2000 ans ont ete retrouvés enterrés sur Alor et Pura et ont aujourd'hui une énorme valeur marchande. Mais il n'est pas question pour eux de les vendre, ils en ont besoin pour marier leurs filles, c'est la dote indispensable. Ils sont si fiers de susciter notre admiration. Ils sont beaux de cette fierté. Le rouge vif de leurs sourires me plait beaucoup, on me fait essayer la potion magique pour soigner les "gigi", mélange infame de tabac et plantes qui anesthésie la bouche un peu a la facon des feuilles de coca.
Vient l'heure du repas. DES repas. On est invité dans chaque maison, impossible de refuser. Je me proclame végétarienne pour faire l'impasse sur le ragout de chien, mais je n'echapperai pas aux dizaines d'autres plats. Je veux bien tenter des expériences culinaires nouvelles, mais pour les chiens il suffit de les regarder errer, efflanqués et faméliques, pour avoir envie de vomir avant meme d'essayer.
Plus que repus et guillerets, la descente jusqu'au bateau se fait avec difficulté. Moment irréel, hors du temps, ai-je revé cette journée?
Le clou du jour fut l'arrivée surprise du frere de Bibi Nene a la p'tite Kepa. Gateux et sénile, ses enfants n'arrivent plus a le supporter. Il brandit une lettre a qui veut bien la lire, celle-ci lui dit de quitter Maumere (ou il vit), et d'aller a Kepa ou on lui donnera du travail. La lettre est signée "Sedrik". Beau tour de force de la part de la famille pour se débarraser du vieux fou!
Je laisse un mot sur le livre d'or de la p'tite Kepa: "C'est un de ces endroits dont on aimerait parler a tout le monde, mais qu'on voudrait a la fois garder égoistement secret pour qu'il reste exctement tel qu'il est: un petit coin ou on ne peut que se sentir bien. Ne changez rien."
Je repars avec Nadiv, on vole jusqu'a Kupang d'ou je trouverai des connections pour l'ouest. Avant de prendre une chambre d'hotel, je m'arrete pour dire bonjour a Edwin, récupérer mon sac et lui donner une page imprimée qu'Anne lui a préparé.
-" Ah vous voila", nous dit Edwin. "Et toi tu dois etre Nadiv!?"
- Euh, oui!??
- Ron vous attendait. Marion, il a pris ton sac, il est a l'hotel Maliana. Et toi Nadiv, ca va mieux? Il se fait du souci pour ta malaria!"
En voyageuse bien organisée, je n'ai pas décidé quelle serait ma prochaine destination et j'accepte de suivre Ron jusqu'a Rote. Je n'ai aucune idée de ce que c'est (une ile! J'aurais pu m'en douter... La plus au sud de l'archipel indonésien), let's check it out...
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