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Le come back aux backpackers...

de Marion, le 04-07-2005
 

Pour Soon, c'est a ca qu'on reconnait un pays developpé: lorsqu'on fait venir des travailleurs immigrés pour réaliser les "sales boulots". A voir ce qui se passe dans les exploitations agricoles des Cameron highlands, la Malaisie a toutes les chances d'atteindre son objectif: devenir un pays moderne et completement developpé d'ici 2020. Dans cette région fertile, les travaux des champs sont le quotidien des Indonésiens, Vietnamiens, Cambodgiens et autres Indiens du sud, embauchés pour des besognes éreintantes, sous-payés, quoi que ce soit "moins pire" que dans les pays qu'ils ont fuits. Ils vivent sur les exploitations, en communautés-ghetto ou ils ont leur propre édifice religieux, une école parfois et peu voire aucun lien avec l'extérieur.

Ce n'est évidemment pas pour découvrir ces conditions de vie et de travail que de nombreux touristes affluent sur les hauteurs des Cameron. C'est pour la belle facade, celle des champs de thé qui s'étendent a perte de collines. Pour ma part, la fraicheur (relative!) de l'altitude constituait un attrait majeur. Et j'allais pour cela renouer avec le monde des backpackers.
Les 1eres conversations que j'entends sans écouter, et auxquelles je n'ai aucune envie de participer, donnent ceci:
-" Where abouts are you from?
-I'm from Guernesey, but I live in London.
-Guernesey,... near Britanny?
-Exactly.
-You must speak French, then?
-A little, not as much as I should.
-Oh well, you speak English, that's the main thing."
Je reprends la fin: "TU PARLES ANGLAIS, C'EST CE QUI COMPTE." C'est surtout effrayant. Voila des gens qui voyagent et qui pensent encore que tout le monde devrait parler leur langue. Les memes qui doivent se plaindre lorsque les autochtones ne les comprennent pas. Ceux-la qui seront capables de passer plusieurs mois en Amerique latine et en repartir avec tout juste "hola" et "gracias" a leur vocabulaire. Et bien sur ce n'est pas a eux a faire l'effort, ce sont les autres, ces types-la, dans leurs pays arriérés, qui ne parlent meme pas anglais!
Combien de fois (trop!) m'a-t-on dit: "Comment ca se fait que tu parles anglais sans accent? Les Francais sont nuls d'habitude!" Combien de fois ai-je eu envie de répondre: "Et TON francais? Ca donne quoi? Il doit etre pas mal du tout pour que tu te permettes de critiquer ceux qui au moins font des efforts?"
J'ai usé autrefois de 1000 arguments pour convaincre mes éleves qu'on n'apprend pas l'anglais pour avoir de bonnes notes et réussir le bac. J'en ai un de plus a leur donner: si eux ne se plient pas aux lois linguistiques d'outre-manche (ou outre-atlantique, outre-pacifique...), il ne faut pas espérer que les anglophones fassent l'effort a leur place.

Conversation 2, meme guesthouse, autres backpackers:
(Une quinzaine de minutes sont d'abord consacrées a quelques auto-compliments dans le gout de "nous on est cool parce qu'on fait des voyages "routard", les autres ne peuvent pas comprendre que c'est vachement mieux de ne pas etre dans un circuit organisé, nous on découvre vraiment le pays, etc). Il s'en suit:
-"Vous allez ou demain?
-On a pris le tour a la 1/2 journée, on fait 2 plantations de thé, avec dégustation, et ils nous emmenent aussi dans un jardin de papillons et un truc de cactus, je sais plus trop.
-Ah ben nous aussi. C'est le tour a 45 Ringgit?" ......
Ils méprisent soi-disant les voyages organisés mais c'est précisement ce qu'ils finissent par recréer. Ils se disent voyageurs indépendants, "désorganisés", alors qu'au bilan ils auront suivi les memes circuits et n'auront rien choisi: ni l'hotel (le meilleur commentaire du Lonely Planet), ni les lieux (ils suivront les "highlights" de la meme bible), pas meme le transport (arrangé par l'hotel), ni les visites (elles sont deja ficelées dans les tours organisés), etc...

Il n'y a pas de transports en commun dans les environs, mais je n'arrive pas a me résoudre a me joindre a ces groupes, meme avec bus climatisé, meme avec "déjeuner typique inclus", et malgré "l'atmosphere sympa garantie". Je décide de louer un taxi a la 1/2 journée, meme si ca doit me revenir 3 fois plus cher. Finalement je ferai meme des economies parce que j'en parle a Akira et Hervé qui partageront la course avec moi. Nous demandons au chauffeur d'aller ici et la, de s'arreter si ca nous plait ou de nous attendre pour qu'on puisse marcher. J'adore ces verts, ces rangées de thé irrégulieres. On apercoit au loin les immigrés sans qui les champs ne seraient pas cultivés. Ces gens-la ont eu le choix de rester chez eux et se faire exploiter par des multinationales étrangeres, ou partir, devenir eux-meme des etrangers pour etre, la-bas aussi, exploités. Peut-on encore parler de "choix"?...

A vouloir se désolidariser de nos comparses en sac a dos, il arrive ce qui devait arriver, on l'a bien merité: nous nous perdons lamentablement. Le taxi nous avait laissé a quelques kilometres du village de Tanah Rata, nous avions envie de rentrer a pied par des petits chemins. Plusieurs heures plus tard, c'est grace a l'oreille fine d'Hervé que nous arriverons a trouver une route et se faire ramener a l'arriere d'un pick-up. Boueux jusqu'aux cuisses, ecorchés, dévorés par les moustiques, trempés par la mousson et epuisés d'une marche de plaisance transformée en opération commando dans la jungle, nous nous jetons sur le premier troquet pour nous désaltérer. Tout ca ne serait pas arrivé si nous avions pris le tour a 45 Ringgit. Etrangement, c'est sans regret.

C'est le meme monde de backpackers qui m'attendait sur les iles Perhentian, les immigrés en moins, les plages paradisiaques en plus. Les choix sont restreints ici: glandouiller sur la plage, dans l'eau, dans un hamac ou sur la terrasse d'un café. Je prends l'option glandouille bien sur, ici et la, avec une paille ou un tuba, un bouquin ou juste rien. Je savais que cette étape farniente-detente serait nécessaire avant de retrouver la vie citadine grouillante de Big BangKok. Loin du bruit de la circulation, coupée du réseau internet, dans mon bungalow de bambou, je regarde derriere moi et je pense au retour qui s'approche plus vite que je ne le souhaite.

Retour sur terre, sur la péninsule malaise. Une nuit a Kota Bharu avant de passer la frontiere Thai et filer tout droit vers sa capitale. Je m'attarde une derniere fois sur les marchés malais, prend un dernier repas indien, paye avec mes derniers Ringgit, engage une derniere conversation pour tenter de comprendre dans quelle mesure les 3 communautés de Malaisie cohabitent en plus ou moins bonne harmonie. Derniere nuit dans ce pays. Un autre. Un de plus. Encore un de ces endroits que j'aurai tout juste saisi du bout des doigts, du coin de l'oeil. Trois semaines ou le temps suffisant pour susciter des interrogations, pas pour y répondre. Ce n'est pas tres grave, ca fera partie de "l'apres", une facon de poursuivre le voyage dans une vie sédentaire...