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Borneo suite: meme ile, autre pays...

de Marion, le 19-06-2005
 

J'avais franchi une frontiere, certes. Je ne m'attendais pas pour autant a un changement bouleversant. Apres tout je restais sur la meme ile, on y roulera toujours a gauche, on y parlera presque la meme langue, les gens auront la meme couleur de peau, ce sera encore la musulmanie, etc.
Pourtant Kuching est un choc. Plus que changer de pays, j'ai changé d'époque! Mais ou est passée la crasse qui degoulinait des trottoirs? Et les milliers de motos qui encombraient les rues? Et les becak, les bemos, les mikrolets? Que sont devenus les "hello, mister"? Les "mandis" dans la chambre d'hotel? Pourquoi personne n'essaie de m'arnaquer?
Et d'ou sortent toutes ces voitures? Ces arbres dans la rue, ces pelouses entretenues? Ces passages piétons? Pourquoi les gens me parlent-ils en anglais? Il y a meme d'autres voyageurs dans mon hotel! C'est la révolution, je ne comprends pas ce qui est arrivé.
Quelques centaines de kilometres, 2 postes d'immigration et c'est un autre univers.

Je ne m'en plains pas. Je suis meme contente d'avoir laissé l'Indonésie derriere moi. C'est un sentiment confus que j'en retire en la quittant. Un paradoxe, un mystere encore entier. Je ne crois pas avoir autant aimé et hai en meme temps. Quoi qu'on ressente, je suis persuadée que l'Indonesie ne peut laisser personne indifférent.
En ce qui me concerne, c'est le mot passion qui me vient a l'esprit. Je ne peux que parler d'une histoire passionnelle avec ce pays. Je l'ai adoré autant qu'il m'a fait souffrir. Je suis heureuse de l'avoir quitté, mais je sais qu'a la prochaine opportunité je retournerai dans cet eden infernal. Un jour je ne pouvais plus vivre sans, le lendemain je ne voulais plus jamais en entendre parler. J'ai cru le comprendre puis tout m'échappait. Il m'a epuisée, énervée, il m'a aussi émerveillée et subjuguée. Tout s'est vécu avec intensité, chaque moment a été fort, vers le haut ou vers le bas. Pas de 1/2 mesure. Pas de place pour la tiédeur. Les chocs sont violents, les plaisirs entiers, la colere profonde. L'Indonésie glace et consumme, elle me laisse vide d'énergie et remplie d'émotions antagonistes.

Je repense a la devise du pays: "diverse et une a la fois". La diversité, pas d'ambiguité, elle est a chaque virage, chaque deviation. Mais l'unité??!? Une vaste utopie si vous voulez mon avis. Ou alors qu'on me dise ou la chercher. Un pays construit comme un puzzle dont les pieces ne s'imbriquent pas. La piece "Timor oriental" a d'ailleurs quitté le jeu. D'autres, comme la Papouasie, menacent de faire de meme. Qu'est-ce qui rassemble encore les autres? Je n'ai pas de réponse. Les iles de l'archipel ne sont pas seulement séparées par les mers, mais aussi pas leur histoire, leurs langues, leur culture, leurs croyances, mentalités, aspirations, origines, passé, présent, futur.

Je ne sais meme pas quoi penser de ces 2 mois a voyager a travers terres et mers. Je ne regrette pas une seule seconde ce que j'ai traversé, mais si je devais recommencer? Euh, pas tout de suite! Aucun pays n'aura eveillé autant d'impressions contradictoires, de questions sans réponses claires. Il me faudra du temps pour me relever de cette expérience incomparable.
La Malaisie sera a découvrir a petits pas. Pas d'immersion immédiate, il me faudra une transition, elle se fera a Kuching.

J'y rencontre George (anglaise, oui avec un -e) dans les couloirs de mon hotel. Elle est anthropologue et a fait des primates sa specialité. Elle m'invite a la suivre le lendemain a Semenggoh, un centre de réhabilitation pour orang-outans. Je suis partante.
Mais avant ca nous passons la soiree a "tester" les bars de notre quartier, cherchant désespérement le barman qui nous servira un vrai gin tonic. Finalement la biere devra faire l'affaire. George se confie. L'alcool délie les langues. Je suis souvent amusée de constater la facilité avec laquelle les gens pouvaient se dévoiler a un parfait étranger. Moins peur d'etre jugé. Je ne lui révele que peu de choses mais elle a de l'intuition, tellement que ca frise la voyance.
La nuit se termine sur de grandes paroles, de grandes pensées, un prochain ouvrage de philosophie a n'en pas douter!! Nous rentrons a l'hotel avec le sentiment du travail bien fait: nous avons élucidé toutes les grandes questions de l'humanité et trouvé solution a chaque probleme de la planete, on peut dormir en paix.

Les jours suivants se partagent entre les orang-outans et le parc de Bako ou on apercevra de loin les singes proboscis. Ce sont eux mes preférés, avec leur nez qui ne ressemble a rien, mais pour George l'urgence est aux orang outans. J'apprends beaucoup de choses grace a elle, et je réalise que c'est peut-etre mon unique chance de voir ces animaux dont l'espece est sérieusement menacée. On ne les trouve aujourd'hui plus qu'a Borneo et Sumatra alors qu'ils existaient sur d'autres continents au siecle dernier. Si le massacre des forets et le braconnage continuent, ces bestioles attachantes n'existeront plus dans tout juste une dizaine d'années.

Je fais aussi doucement connaissance avec la Malaisie. Kuching est une ville des plus agréables, a dimension humaine, reposante et dynamique a la fois. Mais c'est sur la péninsule que je comprendrai un peu mieux a quel(s) pays j'ai affaire!... Un vol pour Kuala Lumpur ou je ne m'arreterai pas, puis pause a Malacca...