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Super charged, deborded, surbooked...

de Marion, le 05-03-2005
 

Deja habituée au confort et a la flexibilité que la voiture me procurait, je me suis trouvée fort dépourvue lorsque le bus n'est pas venu...

Faire du "tramping" dans le parc national d'Abel Tasman m'avait eloigné des réalités pratiques et terre a terre du voyage. Un partie en kayak pour voir les terres depuis la mer, une autre a pied pour l'envers du decor, mes pensées etaient a tout sauf a mon prochain moyen de transport. Le regard perdu dans l'émeraude des eaux, j'ai profité du cadre paradisiaque, appreciant chaque minute, chaque petite crique, m'arretant de temps a autres sur une de ces plages dignes d'un catalogue de voyage, et les mains sous la nuque j'ai laissé mon esprit naviguer vers d'autres continents, ceux que j'ai laissés, ceux qui se profilent a l'horizon. Six mois sur la route, presque autant devant moi...

A la nuit tombée la température est restée agréable, une bonne excuse pour ne pas m'emcombrer de la tente et dormir sous la voie lactée. Il a plu des étoiles filantes ce soir-la. Apres 10 j'ai arreté de compter et je n'ai meme pas pensé a faire un voeu ou 2. En y reflechissant, je n'ai pas vraiment a souhaiter plus que je n'aie deja.

De retour au village de Maharau, il a fallu se remettre a penser "concret". Premiere chose, un bus pour rejoindre la cote ouest.
-Ah c'est trop bete, vous venez juste de le rater, hey.
-Le prochain part a quelle heure?
-Demain
-Damn it
Plan B: partir en stop. Oui, oui, je sais, c'est pas tres prudent tout ca, une fille seule blablabla... Mais j'ai mis au point une technique qui limite les risques. Sans les supprimer completement, certes, mais "qui vit sans folie n'est pas si sage qu'il croit" et "un tiens vaut mieux que 2 tu l'auras". J'ai toujours trouvé qu'un bon vieux dicton maison remettait les pendules de midi a 14h. J'en etais ou? Ah oui, ma technique pas-infaillible-mais-pas-mal-quand-meme, a savoir le "stop selectif". Tout est dans le poignet. Non j'deconne. C'est une question d'emplacement. Au lieu de se positionner en bord de route afin d'etre "choisi" par un automobiliste serviable, la stratégie consiste a faire soi-meme sa selection et de demander, avec son plus beau sourire, si par le plus grand des hasards l'aimable conducteur se dirige vers le lieu désiré. Une station service représente le lieu idéal. A Maharau, c'est con, y'en a pas. Il y a en revanche un "viewpoint" ou tout touriste qui se respecte s'arrete pour prendre une photo.

Mes 1eres victimes, 2 jeunes Allemands, me font gentiment de la place et m'emmenent jusqu'a la prochaine petite ville ou la station essence se trouve etre "la derniere avant 200 kms". Mes proies suivantes, un couple de Kiwis quinquagenaires, ne tardent pas a s'y arreter. Je tatonne par superstition le couteau suisse que je garde a portée de main et dont je serais bien incapable de me servir pour me defendre de quoi que ce soit (Prends garde a toi ou je sors... mon tire-bouchon!... non, mon cure-dent... attends,... ca n'a pas l'air mais ce crochet pour porter les sacs plastiques peut faire tres tres tres mal...). Bref, je m'avance vers Ian et isabel, qui m'emmenent "avec plaisir, bien sur!".
Ils habitent a Westport, quelques 80 kms au nord de Greymouth ou je veux me rendre. On arrive chez eux en quelques heures, et pas question de me laisser continuer la route sans avoir mangé, alors Isabel s'attele aux fourneaux. Comme ailleurs, le masculin de "debout dans la cuisine" se décline en "assis devant la télé", Ian regarde les informations. Le 2eme gros titre du jour, c'est l'annonce de la Reine d'Angleterre qui n'assistera pas aux noces de Charles et Camilla. Ian se moque gentiment de la famille royale, la reine est un fossile et Charles a vraiment de grandes oreilles, mais quand je lui demande si ca ne le derange pas que cette chere Elizabeth soit toujours a la tete de son pays, ben non...
"C'est notre heritage colonial. Et puis ca fonctionne bien comme ca depuis longtemps, alors pourquoi changer quelque chose qui n'est pas "cassé", hey?".
Mouaihh..... Je brule d'envie de savoir ce qu'il pense de l'imminent voyage de Charles en Australie et en NZ, directement financé par les impots des Neo-Zelandais et de leurs voisins, mais je crois comprendre qu'il est de bon ton d'eviter les sujets polemiques, tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes au pays joli des Kiwis.

Ian et Isabel ont 2 filles. "L'ainée habite a Londres, elle a un bon travail. La 2eme est tombée amoureuse d'un Allemand qui etait en vacances ici, elle vit maintenant a Fribourg avec lui. On aimerait les voir plus souvent mais elles préferent l'Europe, elles disent qu'il y a tout la-bas. Moi je ne vois pas ce que vous avez de plus, a part plus de pollution, plus d'agressions et de crimes, plus de chomage et d'embouteillage", me dit Isabel.
Je ne reponds pas, je ne veux pas lui avouer que je comprends ses filles, je n'ose pas l'offenser en lui dressant une liste non-exhaustive de tout ce qui peut manquer, selon les gens, en Nouvelle-Zelande: la proximité d'autres pays et cultures, l'esprit critique, de meilleures opportunités de carrieres, l'acces a la Culture en général, que ce soit les venues musicales, les musees ou le cinema international, la variete de l'architecture ou de la cuisine, etc, etc...

Il y a une chose qu'on ne peut pas leur enlever, je le reconnais, c'est leur extreme gentillesse. Ils me le prouvent une fois encore en insistant pour m'emmener jusqu'a Greymouth. Comme si ca ne suffisait pas, ils s'arretent meme a mi-chemin pour me montrer les Pancake Rocks, curieuses formations geologiques sur la cote.

On m'avait parlé d'une auberge a Greymouth et d'une autre sur la peninsule Banks, pres de Christchurch. Sans aucun doute les meilleurs hebergements que j'aie eu jusque la, du coup c'est entre ces 2 endroits que j'ai passé ces 10 derniers jours.
Une periode tres stressante et chargée. Imaginez, un RDV quotidien a ne pas rater, je ne pouvais pas me permettre d'arriver en retard pour les couchers de soleil. Eprouvant. Le reste de l'agenda s'est rempli de balades a pied, en kayak, en velo ou en bateau, de lectures autistiques des piles de National Geographic qui remontaient jusqu'aux annees 60, et d'echanges avec les voyageurs, aussi intéressants que differents. De nouvelles tetes qui s'ajoutent a la liste des "personnages" de mon voyage... Un Anglais amoureux de rugby et foie gras, qui vit maintenant a Toulouse, quoi de plus logique. Un New-yorkais aux dreads de Bob Marley qui a acheté le 1er billet d'avion qu'il ait trouvé apres la re-election de Bush. Un Argentin dont la guitare semble etre un prolongement de ses bras. Une Australienne qui a quitté son poste de prof d'histoire pour ecrire son 3eme roman. Et d'autres, de toutes les latitudes, chacun avec sa personnalité, son passé, ses raisons de voyager, ses projets, autant d'histoires a ecouter, autant d'idées a partager ou a confronter. Chacun apporte son petit grain au moulin, une recette de cuisine d'ici, une chanson de la-bas, un bouquin a recommander... et zut, je n'ai pas vu l'heure tourner!

Il est deja temps de quitter la peninsule ou les phoques, dauphins et pingouins sont plus nombreux que les habitants. Je laisse Akaroa, village portuaire a l'accent francais. L'histoire a voulu que la NZ soit colonisée par les Anglais, mais l'aventure s'est jouée a quelques jours pres et on se promenerait aujourd'hui en terre francophone si le bateau d'un certain Jean Langlois etait arrive un poil plus tot!
Retour a Christchurch, plus grande ville de l'ile du sud: 350 000 habitants et toutes ses dents. Ici, en revanche, pas de rues aux nom francais, Christchurch se veut plus British que British, pour moi ce sera surtout le portail pour l'aeroport. L'Australie n'est plus tres loin...