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Bangkok: meeting point...

de Marion, le 10-07-2005
 

Les trains thailandais m'étonnent encore. Spacieux, climatisés, propres, tant de confort me plonge dans un état d'euphorie intérieur. A moins que ce ne soit l'idée de m'acheminer ves des amis? Toujours est-il que ces 23h de la frontiere malaise a la capitale Thai me paraissent parmi les plus courts des trajets. Je trouve le train juste apres mon passage aux postes d'immigration. Les gens commencent a monter, s'installer. Quelques-uns descendront au court de la journée, d'autres rejoindront le wagon, mais la majorité des passagers fait comme moi: nous prenons nos aises, nous serons la jusqu'au lendemain matin. Mon regard se porte tantot vers l'extérieur, campagnes, villes et pagodes, tantot vers les autres passagers. Un couple, quelques familles avec leurs enfants, un moine bouddhiste dans sa robe saffran et 2 femmes musulmanes. Chacun vaque a de petites occupations, moi je regarde la vie du wagon, parfois animée par le passage des vendeurs ambulants.

A la nuit tombée, un employé vient transformer les fauteuils en couchettes. J'ai celle du haut, elle était moins chere. Est-ce a cause de la petite echelle a escalader? Je me promene une derniere fois dans l'allée avant d'etre confinée a la position horizontale. Les rideaux bleus deja tirés dissimulent les lits, offrant un semblant d'intimité. Le wagon s'est transformé en morgue pour vivants. J'imagine chaque corps derriere ces rideaux, certains lisent, revent deja, pensent, prient peut-etre.
Bercée par le ronron des rails, je m'endors vite. C'est le matin, les lits se déplient. C'est deja Bangkok.

Sentiment étrange de savoir ou je mets les pieds, d'arriver dans un lieu ou je suis déja passée. Ce n'est pas encore l'habituel, le "banal", mais ce n'est plus tout a fait l'inconnu. Je sais quel bus m'emmenera dans la Guesthouse ou j'ai deja posé mon sac, au bord de la riviere, aux portes de Chinatown. Je retrouve la circulation, le bruit, la moiteur, les odeurs qui autrefois avaient été un choc. Je retrouve des petits coins que j'aimais bien, un stand de nourriture dans la rue, le bateau qui m'emmene dans le centre. Je retrouve les pagodes si colorées au milieu des batiments tristes et gris. Je retrouve les quelques mots que j'avais appris.
Et je retrouve Sean! Nous nous étions quittés il y a 3 mois, en Australie. Quatre semaines de cohabitation a ramasser les raisins et trier les oignons avaient créé des liens. Nous sommes heureux de partager du temps dans un tout autre contexte.

Je ne fais pas de tourisme, en partie parce que je connais un peu la ville, mais aussi parce que je veux profiter des services de la capitale pour gérer quelques aspects pratiques, mis de coté depuis trop longtemps. A force de me répéter "je m'en occuperai a Bangkok", je ne peux plus repousser certaines échéances, dont celle que je redoutais particulierement: décider d'une date de retour. J'aurais voulu rester aussi longtemps que possible sans date butoir, comme pour vivre dans l'illusion qu'il n'y avait pas encore de fin. Mais j'ai peur que les avions se remplissent vite en haute-saison, alors je marque au sol la ligne d'arrivée: 6 aout.
C'est bien le 6 aout. Ca me permettra d'aller voir ma famille, de rejoindre mon frere en vacances et faire la connaissance de ma petite niece. Ca me laissera le temps de réamenager mon appartement, profiter des copains dans le coin et préparer la reprise du travail. C'est bien mais c'est déja la. Je me sens desormais en "sursis".

Bangkok devait etre un lieu de retrouvailles, avec Sean d'abord, puis Virginie qui n'allait plus tarder a arriver. Avec eux c'était prévu, calculé. Mais une surprise m'attendait. En passant devant une terrasse de café, il me semble reconnaitre un visage. Je ne m'arrete pas mais je le dis a Sean en le rejoignant au restaurant. Je ne me souviens pas ou j'ai pu rencontrer ce quadragénaire aux longs cheveus blonds. Ca me revient plus tard dans la soirée.
"Il est australien", je dis a Sean. Petit a petit je reconstruis l'histoire. Je l'ai vu une seule fois, il y a 1 an et demi de cela. Nous avions bu quelques verres a cette meme terrasse ou je venais de l'apercevoir. Il m'avait etonnée. C'était la 1ere fois qu'il quittait son pays. Divorcé depuis quelques années, ses enfants sortis du nid, il s'ennuyait dans sa vie. Sur les conseils d'un ami, il avait décidé de partir en voyage. Bangkok etait son point de départ, ou il acheterait un billet d'avion pour n'importe quelle destination. Il pensait a l'Amerique latine. A l'epoque je l'enviais, je revais d'avoir du temps moi aussi et de jouir d'une telle liberté, mais j'étais bien loin d'imaginer que l'Education Nationale m'accorderait si facilement une année de congé.

Sean et moi repartons vers le café, nous sommes curieux d'écouter ses aventures, sa découverte du voyage et du monde. Nous arrivons trop tard, il a disparu. Je suis décue. Sean imagine, cynique, qu'il n'a peut-etre jamais quitté Bangkok, fasciné par les filles faciles ou envouté par les drogues. A défaut de lieu de départ, Bangkok serait devenu sa destination.
L'avion de Sean décolle le lendemain, il part en Chine. Mous émettons l'idée de nous retrouver sur un autre continent. Apres l'Océanie et l'Asie, l'Europe semble un bon compromis pour nous 2.

Je rentre tranquillement vers ma guesthouse, perdue dans mes pensées, Sean qui s'en va, Virginie qui arrive demain, quand je m'arrete net sur le trottoir. Ce visage, a nouveau, ce gars qui regarde les gens passer derriere son verre de Chang, c'est lui! Il ne doit pas se souvenir de moi, je n'ose pas l'accoster directement, alors je m'asseois a la table a coté de la sienne, lancant juste un "hello" au passage. J'ai l'impression qu'il regarde dans ma direction, je ne me trompe pas:
-"Désolé, tu vas penser que je sors une vieille phrase de drague facile, mais... On se connait, non?"
Je lui réponds simplement "oui", lui laissant le temps de réfléchir.
-"Il me sembait bien que j'avais déja vu ce grand sourire. Mais ou??"
Je lui rappelle, il n'a pas vraiment oublié:
-"Si tu es ici ca veut dire que tu as obtenu une année sabbatique?"
Je suis impatiente de connaitre son histoire. Qu'a-t-il fait depuis plus d'un an? Il a voyagé bien sur. Il est allé en Amerique du sud. Il a adoré bien sur. Il est ensuite rentré chez lui. Il a vendu sa maison et 4 semaines plus tard il était reparti. Il ne comprend pas qu'il ait pu passer a coté de "ca" (les voyages) pendant toute sa vie. "Mais je me rattrape, hey!". Il est contaminé, je sais a l'entendre parler qu'il a contracté ce virus sans vaccin, le nomadisme aigu, la bougeotte incurable.
Et maintenant?
-"Je viens de trouver un billet pour le Mexique, je pars mardi pour... On verra! Surement plusieurs mois!
Terry est un sacré personnage.
-"Tu connais l'adage, "pour devenir un vieux sage, il faut avoir été un jeune con". J'ai jamais eu le temps d'etre un jeune con, j'ai intéret a me dépecher pour trouver les chemins de la sagesse. Ce serait bien le pire de tout de finir vieux et con."
Nous parlons des heures sans interruption, ce qui constitue un bon échauffement avant l'arrivée de Virginie, tout droit venue de France, de chez moi...

Je l'attends a l'aéroport. Son vol a du retard. Je trépigne. J'arbore un immense sourire niais en fixant le couloir des arrivées. On doit me prendre pour une demeurée, d'autant plus lorsqu'elle débarque et que mes yeux s'embuent dans notre étreinte. Par quoi commencer? Par ces choses que l'on sait déja mais qu'on se répetera 100 fois. Tu m'as trooooooop manqué. Je suis troooooooop heureuse de te voir. Quand l'absence et le manque de toute une année se comblent tout a coup, on a presque du mal a realiser. On se serre encore une fois pour etre bien sur que l'on n'est pas en train de rever. Elle est la. J'ai envie de le crier au monde entier.

Entre 2 conversations (de 5h), nous trouvons un peu de temps pour quelques visites (de 20 minutes). C'est la 1ere fois que Vir met les pieds en Asie, j'essaie de l'initier doucement. Passage au temple de Wat Po (quoi de mieux comme introduction au bouddhisme que de se retrouver nez a nez avec un bouddha de 24 metres!), trajet en tuk tuk (ca va vite, ca décoiffe, elle est fan), massage thailandais (elle devient vite accroc aussi, mais qui ne l'est pas?), un "pad thai" sur un coin de trottoir, et je lui ai réservé la découverte de Khao San Road pour le soir, a mon sens une attraction a part entiere, une rue comme il n'en existe aucune autre. Si je n'aime pas m'y attarder, encore moins y loger, ca reste un incontournable d'un passage a Bangkok, c'est unique, c'est a voir. Carrefour mondial de tous les backpackers de la planete, c'est une ruche sans répit, plus mixte encore que les bancs de l'ONU.

On y trouve de tout, beaucoup de n'importe quoi, essentiellement du faux:
-Fausses marques, paradis de parodies, on peut ici se constituer une panoplie logo pour une poignée de Bahts.
-Fausse musique (CDs piratés)
-Faux cheveux (rajouts, tresses, dreadlocks, choisissez votre prochain look)
-Faux papiers (faites-vous faire une carte d'étudiant, un permis de conduire, une carte de presse...)
-Fausses agences de voyage
-Faux couples (elle est toute mimi, toute jolie, elle a 20 ans a peine; il est vieux, sa laideur intérieure egale l'extérieure, il a de l'argent)
-Fausses femmes (les "ladyboys" ou travestis en trompent plus d'un)
-Faux voyageurs (ils ont gardé le look grungie-hippie-trashie-bab mais n'ont pas quitté Bangkok depuis 10 ou 20 ans. Ils vendent des bracelets, des vetements ethniques ou tatouent a l'arriere de leur fourgonnette a fleurs)
-Faux prix (les memes articles sont a moitié prix sur les marchés)
-Faux livres (ce sont des photocopies)
etc, etc...

Nous finissons notre week-end a Bangkok, tranquillement. Un moment au marché, dans un parc, nous retrouvons aussi Terry. Virginie souffle un véritable vent de fraicheur sur mes journées. Son regard neuf sur l'Orient me fait remarquer a nouveau ces petits détails auxquels j'avais fini par ne plus preter attention.
La nouveauté, autant pour elle que pour moi, ce sera le Cambodge. Nous partons relativement tot le lundi matin dans l'espoir de passer la frontiere sud (Hat Lek-Krong Koh Kong) dans la meme journée.